RNN du Lac de Remoray - Plan de gestion 2010-2014 - www.maisondelareserve.fr
Comprendre le plan de gestion 2010-2014
Vue du belvédère des deux Lacs
La forêt de la Grand'Côte

Forêt «Seul l'indomestiqué éveille l'homme. Le reste l'éduque ou le conditionne.»
Bernard Boisson 2008 - La Forêt primordiale

Description du milieu et intérêts écologiques

Labergement Sainte-MarieLabergement Sainte-Marie
Plus qu'ailleurs, en raison de son statut de protection (réserve naturelle nationale, réserve biologique domaniale, site Natura 2000), la forêt de la Grand'Côte, dans sa grande richesse écologique, apparaît comme un morceau de nature au cœur du débat gestion durable-biodiversité. Forêt de production de l'État, mais aussi forêt de protection forte pour un riche cortège vivant, elle est également fréquentée par le promeneur, touriste ou résident, uniquement sur le chemin Maclin. Elle souligne le caractère montagnard jurassien du paysage de la réserve en dominant de toute sa pente, par la majesté de ses sapins parsemé de hêtre plus clairs, le lac et sa zone humide niché au cœur du val.

Panneau de parcellePanneau de parcelle
La nature et l'empreinte de l'homme
La forêt de la Grand'Côte est une forêt ancienne : de tous temps elle est demeurée en futaie, composée d'essences indigènes ; mais cependant, au fil de l'histoire huit fois séculaire de sa gestion par l'homme, sa structure et la proportion de ces essences ont varié par le vouloir des ecclésiastiques abergeurs, des colons défricheurs ou des habitants qui leur emboîtèrent le pas, jusqu'au forestier d'aujourd'hui de l'ONF, œuvrant de concert avec le conservateur de la réserve.

Diagnostic général
En termes d'économie forestière la richesse est avérée : l'ambiance humide du lac, l'exposition de la pente et les conditions stationnelles induisent une production de bois très importante : le sapin de deux siècles aux cernes larges dépasse un mètre de diamètre et quarante mètres de haut.

Bois mortBois mort
En termes de biodiversité, un tiers de la surface est encore occupé par des parcelles de gros et très gros bois, où se rencontrent des éléments de faune ainsi qu'une flore typique. L'intensité de la gestion forestière y décroît désormais, afin de laisser vieillir ces parquets en bon état de conservation. D'autres parcelles sont jugées en état de conservation écologique plus moyen, perturbées par l'exploitation passée des gros bois et très gros bois, et/ou le volume encore trop faible de certains compartiments du bois mort.

L'homme et l'écosystème forestier
Dans la forêt de la Grand'CôteDans la forêt de la Grand'Côte
La forêt est avant tout une formidable machine vivante : autrefois vision du seul écologue mais partagée aujourd'hui par tout le corps social : à l'heure des crises de ressources ou de la biodiversité et du réchauffement climatique, sa gestion ne peut se réduire à la production de bois qu'il soit d'œuvre ou d'énergie !
Réservoir d'espèces, puits de carbone, régulateur des bilans d'eau, productrice des sols qu'elle contribue à maintenir, elle est aussi pour l'homme une source d'inspiration artistique depuis ses origines et est confortée dans nos sociétés pour un usage récréatif et un espace de loisirs.

La Naturalité : les gros bois, le bois mort, et les vieilles forêts
Cette prise de conscience de la multifonctionnalité forestière induit une gestion inspirée de la nature, mais sans toutefois enfermer complètement la forêt sous cloche de verre.
C'est à ce jour l'orientation pensée et validée pour la forêt de la Grand'Côte. Cette gestion y encourage notamment la conservation de toute l'hétérogénéité possible du milieu (stations tourbeuses, mini-falaises en lumière, clairières, effets de lisière...) ainsi que la conservation des espèces arbustives et herbacées typiques de la hêtraie-sapinière de montagne.
Plus fondamentalement elle suscite trois orientations majeures pour ce massif :
- la réduction de l'intensité de l'exploitation et le vieillissement programmé de la futaie : il s'agit d'augmenter encore un peu le volume de bois vivant : Pas de notion ici de diamètre d'exploitabilité qui impose l'abattage d'arbres jeunes dès qu'ils atteignent le diamètre requis, avant d'avoir atteint le quart de leur vie...
Face au sapin présidentFace au sapin président
- une augmentation de la quantité de bois mort : La biodiversité forestière c'est, pour une grande proportion, les invertébrés qui se nourrissent de bois mort, les champignons (et les mousses), les lichens (supportés par les vieux arbres ou les morts), les systèmes décomposeurs... La forêt de la Grand'Côte en contient déjà un certain volume, mais qui doit encore progresser pour abriter de façon fonctionnelle toutes les espèces attendues.
- une augmentation de la richesse en micro-habitats (cavités dans les gros arbres, écorces décollées des vieux sujets, fentes des vieux troncs vivants, balais de sorcières, cicatrices de branches, énormes résineux bessus...)

Ainsi la contribution des patriarches de la Grand'côte à la richesse de la forêt va s'exprimer dans le siècle à venir, pour la biodiversité sous formes de chablis, bois mort laissé sur place ainsi que par le coup d'œil d'une futaie cathédrale maintenue de décennie en décennie.

Etat et diagnostic flore

Polémoine bleue (Polemonium caeruleum)Polémoine bleue (Polemonium caeruleum)
La flore forestière présente dans la forêt de la Grand'Côte est typique de celle que l'on trouve communément dans les hêtraies-sapinières montagnardes du massif du Jura malgré sa position sur un versant relativement pentu orienté au sud-sud-est. Ces conditions particulières et peu fréquentes dans la région sont le domaine théorique de la « hêtraie chaude ». Cependant, contrairement a ce qu'on aurait pu attendre à observer, aucune espèce montrant une certaine préférence pour les milieux secs n'a été inventoriée. Ce résultat est vraisemblablement lié à la présence du lac de Remoray au pied du versant qui modifie l'ambiance climatique du lieu.

Epipactis MicrophyllaEpipactis Microphylla
Plus de 200 espèces ont été identifiées lors des diverses prospections réalisées en forêt. L'une d'elles est inscrite sur la liste des végétaux protégés au niveau national. Il s'agit de la Polémoine bleue (Polemonium caeruleum), dont un seul et unique pied a été découvert avec grand étonnement dans une ornière dans un secteur de la forêt très marqué par la tempête de 1999 (la Polémoine est une plante qui affectionne plutôt le bord des cours d'eau ; elle est très présente dans les secteurs de marais de la réserve). Elle a pu être amenée fortuitement par un engin de chantier.
Une autre espèce, la Circée intermédiaire (Circea x intermedia) présente un aspect patrimonial intéressant comme le montre son inscription sur la liste des végétaux protégés en Franche-Comté. Cette espèce passe facilement inaperçue ce qui explique sa découverte récente (2008) quand notamment, elle se mélange avec la Circée de Paris (Circea luteciana).
Une petite orchidée, l'Épipactis à petites feuilles (Epipactis microphylla) faisant également l'objet d'une protection régionale a été observée en 1998 dans un secteur bien exposé de la forêt. Cependant malgré des prospections régulières, elle n'a jamais été recontactée depuis.
Lis Martagon (Lilium martagon)Lis Martagon (Lilium martagon)

Plus attendu et bien connu des promeneurs car très reconnaissable par ses magnifiques fleurs roses dégageant une odeur forte agréable, le Lis martagon (Lilium martagon) est bien représenté dans la forêt de la Grand'Côte. Cependant, il est important de rappeler que cette belle plante est inscrite sur la liste départementale des plantes sauvages dont la cueillette est réglementée.
La cueillette du lis martagon est rigoureusement interdite dans le département du Doubs (arrêté préfectoral N°91/DADUE/48/N°792 du 11 Mars 1991).

Etat et diagnostic oiseaux

Pic noir (Dryocopus martius)Pic noir (Dryocopus martius)
Longtemps connue pour sa colonie de Hérons cendrés, située au-dessus de Grange du lac, la forêt de la Grand'Côte est caractérise par ses vieux bois et son cortège d'arbres dépérissant ou morts. Si la héronnière a quitté les lieux depuis 1991, la forêt peut accueillir pratiquement toutes les espèces de Pics forestiers français. Les Pics noir, vert et épeiche nidifient chaque saison de reproduction. Plus rares sont les Pics cendré (observé à quelques reprises), mar (observations récentes depuis 2008) et tridactyle (une femelle fut observée en 1990 et 1991).
Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)Chevêchette d'Europe (Glaucidium passerinum)
Les loges réalisées par ces oiseaux au bec robuste sont particulièrement appréciées par une faune diversifiée (abeilles sauvages, écureuil, martre...) dont de nombreux oiseaux prestigieux. Parmi eux figurent les deux petites Chouettes montagnardes de notre région : Chevêchette d'Europe et Chouette de Tengmalm. La Chouette de Tengmalm semble ne plus vouloir nicher dans la Grand'Côte : sa dernière nidification remonte à 1993. Il est probable que l'augmentation de la Chouette hulotte (2 couples actuellement) soit à l'origine de cette évolution. Par contre, la Chevêchette d'Europe est présente depuis 1997, mais sa probable reproduction n'a pas encore été certifiée. Le Pigeon colombin est une autre espèce prestigieuse cavernicole, nichant chaque année dans les cavités de Pic noir.
Les rapaces diurnes sont également bien présents : Buse variable, Autour des palombes, Milan noir, Faucon hobereau. Une attention particulière est apportée au Milan royal, espèce en régression qui fait l'objet d'un plan de restauration national coordonné par la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO). Les aires des couples fréquentant le territoire de la réserve naturelle sont recherchées, et les poussins sont bagués et équipés de marques colorées pour connaître leurs déplacements.
Gélinotte des bois (Tetrastes bonasia)Gélinotte des bois (Tetrastes bonasia)
Si la présence du Grand Tétras est exceptionnelle (une seule observation en 1997), la discrète Gélinotte anime actuellement la forêt de la Grand'Côte (2 couples). Ce petit gallinacé fait l'objet d'un protocole spécifique, recherchant les indices de présence sur des placettes circulaires tous les cinq ans.
Signalons enfin la présence du seul limicole forestier, la Bécasse des bois, qui anime de sa croûle les nuits printanières, et d'un petit passereau qui recherche la hêtraie : le Pouillot siffleur, assez rare à notre altitude.

Etat et diagnostic insectes

Barbitiste des bois (Barbitistes serricauda)Barbitiste des bois (Barbitistes serricauda)
La connaissance des insectes de la forêt est balbutiante dans la réserve naturelle. Sont actuellement connus les orthoptères et les papillons diurnes. Des études sont en cours pour les coléoptères et les syrphes (diptères) avec une diversité étonnante (plus de 120 espèces). D'autres sont programmées dans d'autres groupes (papillons de nuit, araignées, hyménoptères...). La prochaine décennie devrait être passionnante pour la connaissance des insectes forestiers de la réserve naturelle.

Etat et diagnostic mammifères

ChamoisChamois
Surplombant le lac et les zones humides, les versants de la Grand'Côte sans activité de chasse sont très recherchés par de nombreux mammifères. Chamois, chevreuils et sangliers sont actuellement bien présents, et pourraient voir arriver quelques cerfs dans les prochaines années. La présence de sangliers est étroitement surveillée, et des opérations de décantonnement sont effectuées pour éviter les dégâts sur le milieu naturel, notamment en parcelles agricoles. Le Chat forestier et le Lynx sont rarement mais régulièrement observés en Grand'Côte.
Grand murin (Myotis myotis)Grand murin (Myotis myotis)
Mais l'intérêt majeur se porte sur les chiroptères (chauves-souris) dont l'étude a démarré en 2010. La forêt de la Grand'Côte est exploitée par ces petits mammifères volants et une étude devrait voir le jour avec l'Office National des Forêts en 2012, pour rechercher les colonies de reproduction. De belles surprises devraient arriver, notamment pour le genre Myotis.