RNN du Lac de Remoray - Plan de gestion 2010-2014 - www.maisondelareserve.fr
Comprendre le plan de gestion 2010-2014
Vue du belvédère des deux Lacs
Les tourbières acides

Tourbière acide
Dans un univers calcaire la présence de milieux acides est toujours étonnante. Ce sont les dernières reliques, témoignages vivants de phases climatiques révolues. Paysages désolés et magnifiques dignes de la Laponie, elles constituent l'un des traits originaux de la Montagne jurassienne.

Description du milieu et intérêts écologiques

Une tourbière est un type particulier de zone humide où se forme et s'accumule de la tourbe, une sorte de fossile constitué de débris végétaux mal décomposés du fait de l'absence d'oxygène (présence permanente d'eau) et de l'acidité (liée à l'absence de calcium et de magnésium). C'est donc un écosystème saturé en eau et généralement pauvre en éléments nutritifs, contenant une faune et une flore caractéristiques et bien adaptées.

L'humidité permanente, les températures régulièrement basses et la pauvreté des eaux, font des tourbières un milieu contraignant de grande valeur écologique. Il est donc important de les protéger car en plus d'offrir des paysages remarquables, elles hébergent une faune et une flore rares et menacées, elles assurent un rôle de filtration et d'épuration de l'eau et elles concourent à la régulation des risques de crues en stockant de l'eau et en la restituant en période de basses eaux.

Sur la rive ouest du lac de Remoray, un bois de bouleau et de pins abrite un haut-marais acide (type d'habitat caractéristique des zones humides alimentées exclusivement par les eaux de pluie et qui sont de ce fait très pauvres en minéraux) : La Tourbière du Crossat a fait l'objet au cours des siècles passés d'une exploitation de la tourbe assez importante avec pratique du drainage. De ce fait, le système hydraulique de la tourbière fut alors totalement modifié, engendrant des perturbations majeures : assèchement, minéralisation des couches superficielles, colonisation arbustive, arrêt du processus de turbification.

L'ensemble des habitats de haut-marais sont patrimoniaux, ils sont d'intérêt communautaire prioritaire : péssière sur tourbe, pinède à crochets.

L'enjeu aujourd'hui est de sauvegarder les richesses biologiques favorisées et espérées par les travaux de 2005 et 2007.

En août 2005 un fossé drainant a été comblé à l'aide de tourbe prélevée sur place permettant la création de 5 mares.

Un second secteur, beaucoup plus important en surface a été réhabilité en 2007.

Les bouleaux ayant envahi les lieux, le milieu est devenu trop sec et sans possibilité de combler les drains, il a été envisagé de creuser de vastes bassins peu profonds destinés à fonctionner comme des accumulateurs d'eau. L'idée étant que la partie supérieure de la tourbière reprenne « vie » et que le processus de turbification reprenne.

Ces aménagements qui peuvent paraître très interventionnistes doivent permettre la réimplantation naturelle des sphaignes et favoriser ainsi le fonctionnement de la tourbière : les tremblants de sphaignes revenus, c'est tout le cortège floristiques qui devrait réapparaître et avec lui son corollaire d'insectes.

Etat et diagnostic flore

Au niveau de la flore, deux espèces protégées au niveau national sont présentes dans les tourbières :
Andromède (Andromeda polifolia)Andromède (Andromeda polifolia)
Droséra (Drosera rotundifolia)Droséra (Drosera rotundifolia)
Leur catégorie patrimoniale est A2 : « espèces menacées en France mais dont l'avenir n'est pas compromis à court terme en Franche-Comté ou espèces fortement menacées en franche-Comté généralement rares mais non menacés en France.Conservation prioritaire »
L'état de conservation dans la Réserve de Remoray, est bon pour ces 2 espèces.

Etat et diagnostic oiseaux

Grive litorneGrive litorne
Grive litorne : En 1955, la première nidification de l'espèce en France est observée dans la tourbière du Crossat (P.Géroudet). A l'époque la Grive litorne nichait en colonie. Depuis, sa stratégie de nidification s'est modifiée : les couples sont devenus territoriaux et exploitent des milieux très diversifiés de la réserve (forêt, tourbière, saulaie, arbre isolé etc&).
Sizerin cabaret : Le premier nid du département du Doubs a été découvert dans la tourbière du Crossat en 1983 (M. Duquet). Une phase de développement de cette espèce a été observée jusqu'à la fin des années 1990 : 5 à 10 couples fréquentaient alors la réserve naturelle. Sans raison apparente cette évolution s'est inversée depuis les années 2000 et le Sizerin cabaret est actuellement en danger d'extinction des montagnes du Jura. Comme un symbole, les derniers oiseaux fréquentent encore la réserve naturelle en 2009 et 2010...mais pour combien de temps ?
Sarcelle d'hiver : nicheur rare en Franche-Comté, la Sarcelle d'hiver a niché dans la tourbière du Crossat en 2008 (très probable) et 2009. Le 21 juillet une femelle accompagnée de 5 poussins était observée sur une mare de la tourbière.

Etat et diagnostic insectes

Nacré de la canneberge (Boloria aquilonaris)Nacré de la canneberge (Boloria aquilonaris)
Solitaire (Colias palaeno)Solitaire (Colias palaeno)
Papillons
- Nacré de la canneberge (Boloria aquilonaris) : observé par Monsieur Bourgogne en 1946, le Nacré de la canneberge n'a pas été retrouvé depuis une quinzaine d'années, et doit être considéré actuellement comme disparu de la réserve naturelle.
- Solitaire (Colias palaeno) : Cette belle espèce pond sur l'Airelle des marais. Suite aux opérations de réouverture du milieu (coupe de bouleaux), le Solitaire présente actuellement dans la réserve un très bon état de conservation.

Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia)Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia)
Leucorrhine à gros thorax (L. pectoralis)Leucorrhine à gros thorax (L. pectoralis)
Libellules
- Leucorrhine douteuse (Leucorrhinia dubia) : cette espèce typiquement inféodée aux eaux acides (tyrphobionte) a également profité des opérations de réouverture et de restauration de la tourbière. Depuis la création des mares (2005 et 2007), elle présente un bon état de conservation.
- Leucorrhine à gros thorax (Leucorrhinia pectoralis) : découverte en 2000, quelques observations de cette belle espèce sont réalisées chaque année.
- Cordulie des Alpes (Somatochlora alpestris) : seule mention des Montagnes du Jura en 1996 (émergence), cette espèce n'est actuellement plus observée. Sa disparition de la réserve est probable.
- Cordulie arctique (Somatochlora arctica ) : la ponte est réalisée dans les sphaignes. Sa présence est rare dans la tourbière mais régulière.
- Aeshne subarctique (Aeshna subarctica) : avec une écologie assez proche de l'espèce précédente, l'Aeshne subarctique pond dans les sphaignes. Elle a été découverte en 2006 mais n'a pas été recontactée depuis.

Autres insectes
Bien des découvertes entomologiques restent à faire dans ces milieux acides si particuliers. Pour l'instant, quelques invertébrés très rares sont connus dans les domaines suivants : araignées, coléoptères aquatiques...